On remet cela?

Juste après le marathon du Mont Saint Michel, pendant la phase de récupération, j'étais tellement boostée à l'adrénaline que j'ai cherché un autre marathon. Je l'imaginais plutôt pour 2019 mais le marathon de Vannes, 21 octobre 2017 s'est imposé comme une évidence. La date, le lieu: tout collait bien pour moi.

Je choisi un plan d'entrainement un peu ambitieux: marathon en 4h00, sachant qu'au printemps j'avais suivi avec succès un plan "4h15", en visant 4h30 et en établissant un premier chrono à 4h23.

La prépa pourrie

Début de préparation mi-août, en Bretagne pendant les vacances, il faisait assez frais pour courir contrairement aux conditions encore caniculaires que j'ai rerouvées en rentrant à Paris. J'étais plutôt motivée, heureuse de retrouver les sensations de plan d'entrainement du printemps. Mais l'été m'a fatiguée, peut-être la chaleur, de la fatigue accumulée, bref, j'étais moins en forme que j'aurais du.

Là dessus, je me suis blessée. Rien de grave, pas d'entorse ou de foulure, mais les périostes du tibia étaient nettement douloureux. J'ai pris quelques jours de repos. J'ai changé de chaussures, j'ai changé de foulée (une obsession de foulée médio-plantaire qui m'a habitée tout l'automne, alors que je talonne très franchement d'habitude).

Les nouvelles chaussures ne m'allaient pas, la nouvelle foulée m'a valu un presque-claquage du mollet. Encore quelques jours de repos.

Mon plan d'entrainement en a pris un coup, alors que je l'avais suivi à la lettre au printemps. Je prenais moins de plaisir aux sorties, je n'arrêtais pas de comparer avec le plan du printemps, découragement.

Mi-septembre, je tente un semi en trail (Eco-trail de Bruxelles). La balade en forêt est sympa mais j'ai trop de mal dans les dénivelés et le chrono dans les choux me décourage un peu.

Fin septembre, on arrête de jouer: je change à nouveau de chaussures pour retouver mes Adidas Adizero Boston chériesd'amour (la version n° 6, sachant que j'avais couru avec des n°5 pour mon fameux premier marathon: la référence). C'était le bon choix: je retrouve mes sensations et le plaisir de courir, mais c'est un peu tard. Pas assez de sorties longues, une prépa hachée de petits problèmes: les 3 dernières bonnes semaines d'entrainement ne suffiront pas à me faire battre mon chrono, je m'en doute déjà.

Le jour J

Dans la nuit avant le marathon, mon fils me réveille à 3h du matin. J'ai du mal à me rendormir et je fais un cauchemard dans lequel je ne prends pas le départ. Pour le coup, je me réveille (pour de vrai) avec l'envie d'en découdre. J'avale un bol de porridge, j'enfile ma tenue de course puis mon déguisement. Ah, oui, parce que j'ai choisi de courir déguisée cette fois-ci. L'orga offre une bourriche d'huitres sur la ligne d'arrivée à ceux qui courent déguisés et cela m'amuse. J'ai trouvé sur ebay une coiffe vannetaise (si bien rangée chez moi que j'ai failli ne pas la retrouver), j'ai cousu en vitesse un semblant de tablier et attrapé un reste de voile à plumetis qui fera, ma foi, l'illusion d'un châle brodé. Ma coiffe n'est pas amidonnée, elle retombe sur les cotés façon cocker, c'est clair que je n'ai pas la classe des Reines d'Arvor, mais je suis dé-gui-sée.

Et on va bien s'amuser.

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H-25 minutes, je sors de chez mes parents pour aller sur la ligne de départ. Il fait frais mais mon châle pourtant léger me tient chaud. Je repère quelques déguisements pas piqués des hannetons (dont un vaillant coureur en string et bas résilles et oreilles de lapin, pour info, il a fait 4h15' dans cette tenue inconfortable). L'arche est devant les superbes jardins des remparts, il faut avouer que cela a de la gueule: on en prend plein les yeux et ce n'est que le début. Feu d'artifices tiré des remparts (à 9h30 du matin), compte à rebours, c'est parti. Pas de SAS, on est 1900 et on part tous en même temps: je franchi la ligne en courant. Mes parents et mes enfants sont juste après l'arche, je tape dans la main du Petit Prince et de Chérie, je repère mon oncle et ma tante 20 mètres plus loin, je suis en terrain connu.

Les premiers kilomètres passent bien, très bien même. Je connais bien le parcours, j'ai mes repères. Je suis partie un peu vite, je me cale aux alentours de 5'40" dans un groupe sympa. Il y a Asterix, un marin, la fée Clochette et un pompier de Disneyland. Jésus et sa croix ne sont pas loin derrière. Les habitants d'Arcal, en tenues de chef-cuistots, font une haie d'honneur avec fanfare de casseroles, quelle ambiance!

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Le Télégramme: "Marathon de Vannes. Sérieux s'abstenir"

Au 11ème km, on passe le port sous les vivas du public, "oh la bretonne", je tape dans les mains de tous les enfants, je regarde ma montre: 5'30", c'est trop rapide. Mais je me sens tellement bien, j'en profite. Je ralentis à peine, le pompier file devant, la fée Clochette a décroché.

On passe le joli bois de la pointe des Emigrés, le bassin de Conleau dans l'eau duquel se reflètent les silhouettes des coureurs, un groupe de musique chante "Sur le pont de Morlaix". Le soleil brille sur l'eau et dans les feuilles d'automne, c'est magique.

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19ème kilomètre, on quitte le sentier cotier pour retrouver la ville et çà grimpe. Je ralentis un peu, mais le rythme reste bon. On passe devant le stade où on reviendra pour l'arrivée après un tour complet, on prend la route que j'ai repérée à vélo la veille en allant chercher mon dossard, c'est rassurant d'avoir des repères.

Arche du semi: j'ai mon RP! 2h05'58" au chrono pour un semi, un vrai, pas un 20 kilomètres, je suis ravie.

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On passe devant la cathédrale, les maisons à colombages, la porte-prison, à nouveau les remparts. J'aperçois mes enfants un peu vite, mais cela me fait plaisir de les avoir vu en passant.

25ème kilomètre, la montée après le port me fait rendre les armes: je commence à marcher. C'est bête, mais je n'ai plus de jambes. Elles sont lourdes comme du plomb, trop d'acide lactique, plus de jus. Pourtant, je n'ai pas trop chaud, bizarrement mon espèce de châle qui bat sur les cotés me crée un vent un peu frais. Mais je jete dans une benne mon tablier qui me bat les jambes et m'agace tout d'un coup. Les habitants de Kermain proposent une crêpe ou un gobelet de soupe de potion, je n'ose pas accepter: je ne pourrais rien avaler, pourtant cela avait l'air tellement bon.

Une blonde en rose s'arrête à mon niveau, c'est Fanny, on s'est suivie mutuellement sur IG pendant la préparation. On échange quelques mots. Je repars en courant, je re-marche dès que le terrain monte un peu. Fanny me double au ravito du 30ème. J'alterne marche et course. Les flammes des 4h30 me doublent l'une après l'autre. J'essaie de m'accrocher à la seconde à l'entrée du port, mais j'abandonne au bout de 2 minutes.

Entre le 33ème et le 34ème, je me force à courir sans marcher. Je commence à avoir chaud, on se fait doubler par des hordes de "duo" (la 2ème vague, qui ne court "que" 23 km) et de "relais entreprise" (marathon en relais par 4), plus frais et rapide que les derniers marathonniens. C'est mauvais pour le moral. Je marche 100 pas, je courre 100 pas. A ma montre, c'est encore jouable, pas pour finir en 4h15, mais en 4h30 peut-être, mais je n'ai plus de courage de me forcer à courir. C'est le mental qui lache. On s'encourage mutuellement, la fée Clochette me rattrape puis me double au 40ème. La montée vers le stade est dure.

41ème kilomètre, je cours, il n'y a plus de raison de s'arrêter maintenant. Clochette est devant moi, elle accélère 400 mètres dans l'arrivée. Je démarre mon sprint 100 mètres avant l'arche, pas la force de faire plus, j'enfume 2-3 gaillards plus à la peine que moi (comme quoi) mais je ne rattrape pas Clochette. 4h41 à ma montre, le chrono officiel dira la même chose.

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Mon cousin me fait signe du bord de la piste, cela fait 1h30 qu'il est arrivé, you do the maths (une fusée on vous dit). Mon jeune frère est venu m'attendre, c'est super sympa. Je récupère médaille et bourriche d'huitres, je prends mon temps au ravito d'arrivée qui sert une délicieuse et providentielle soupe (au potiron)? Il fait un temps superbe, je bavarde quelques instants avec les cousins au son de la fanfarre et j'ai la force de rentrer à pied avec mon frère, encore 3 kilomètres. Finalement, j'avais encore un peu de jus.

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Le bilan

Alors? Bien sur le chrono du marathon est décevant, mais je savais depuis plusieurs semaines que mon objectif de faire mieux qu'en mai était une illusion. J'aurais ma revanche. J'avais besoin d'apprendre ce que cela fait de partir trop vite. La prochaine fois, je tenterai de battre un RP au semi dans les semaines avant le marathon et je me forcerai à prendre la bonne allure dès le début. Et puis je vais bosser le mental parce qu'en lisant le CR de Fanny, qui n'avait pas dormi de la nuit et qui a vraiment souffert (crampes, ampoules) sur les 15 derniers kilomètres, je me dis que mes jambes lourdes sont une excuse de flemmarde.

Surtout, je retiendrai:

  • mon RP au semi, 2h05 c'est quand même génial,
  • la fête avec les animations dans les hameaux, les enfants sur le parcours, la musique, les déguisements, les bénévoles au top du top,
  • les rencontres avec les autres coureurs, surtout au début quand on avait encore du souffle pour bavarder et vers la fin quand c'est la dernière chose qui nous faisait tenir,
  • le soleil sur le Golfe à marée basse, les couleurs d'automne: c'était une journée de rêve,
  • ma photo dans le journal (numérique et puis en fait, c'est Clochette que le photographe visait, et puis on est dans l'article sur les clowns, mais c'est quand même une consécration, n'est-ce pas ;)
  • la médaille à l'arrivée, je suis à nouveau marathonnienne.

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Stats et profil de course

1601 marathonniens à l'arrivée (je suis 1382ème, 92ème sur 120 VF1, 209ème sur 279 féminines).

Le vainqueur a mis 2h33'58", la première féminine a mis 2h54'02". Personnellement, j'adore les marathons de taille moyenne sans élite sponsorisée.

Départ à 9h30, pas de SAS mais cela part vite sans piétiner.

Températures pour cette édition 2018: 7°C au départ, 20°C à 14h00, grand soleil et bonne visibilité.

Le parcours est relativement plat avec une montée en sortant sur port sur le 2ème km, quelques mini-montagnes russes à la Pointe des émigrés (9ème km), longue montée d'1,5 km à partir du 19ème km, on monte encore jusqu'au mileu du 23ème, on retrouve la montée en sortant du port au 25ème, et la grosse montée avant le stade au 40ème. Les 800 dernières mètres sont en petite descente très bonne pour le moral puis à plat.

Je dirais qu'un bon 1/3 de la course se fait hors macadam (sentiers côtiers avec quelques racines identifiées avec de la peinture rose, et piste cyclable bien tassée le long de la Rabine).

L'ambiance est vraiment extra entre coureurs et grâce aux animations tout le long du parcours. Les ravitos sont bien organisés: il n'y a pas d'attente, les bénévoles sont souriants et attentionnés (eau, eau sucrée, banane, raisins secs, chocolat, pain d'épice). Il a de grandes bennes bien identifiables pour jeter ses déchets dans les "zones de propreté" après les ravitos et pour le coup tout le monde joue bien le jeu: je n'ai vu aucune bouteille ou gobelet ailleurs sur le parcours (juste quelques tubes de gel plus probablement tombés d'une poche que jetés après utilisation).

C'est vraiment un marathon que je conseille: parcours roulant et très beau, super organisation et bonne période dans l'année!